L’Épopée des Bertranges

Voyage au cœur de nos forêts nivernaises

Pour nous, vététistes du Nivernais, la forêt des Bertranges est un terrain de jeu monumental. Deuxième plus grande chênaie de France après Tronçais, elle s’étend sur près de 10 000 hectares. Mais saviez-vous que ce grand manteau vert n’est pas d’un seul tenant ? Il s’est constitué au fil des siècles par la réunion de plusieurs grands massifs forestiers, ecclésiastiques ou seigneuriaux.

Chaque secteur cache ses propres secrets sous l’humus, une faune bien gardée, des toponymes qui racontent le passé et des anecdotes à raviver au prochain coup de pédale. Sortez les cartes IGN, voici l’histoire des Bertranges, forêt par forêt.

1. La Forêt Domaniale des Bertranges (Le Cœur Historique)

C’est le cœur du réacteur, le domaine public géré par l’ONF qui s’étend principalement de la Charité-sur-Loire jusqu’aux portes de Guérigny.

🗺️ Toponymie : Pourquoi « Bertranges » ?

Le nom vient du celte Berto (brillant, beau) ou plus probablement d’une racine germanique liée à une famille franque (Bertram). Au Moyen-Âge, on parlait des « Bois de Bertrenge ». C’est une terre marquée par la présence des moines bénédictins du prieuré de La Charité-sur-Loire, à qui une grande partie de la forêt fut donnée dès le XIIe siècle.

🦌 Faune sauvage

C’est le royaume du Grand Cerf. La chênaie de Bertranges abrite l’une des plus belles populations de cervidés de Bourgogne. Si vous roulez au lever du jour à l’automne, le brame résonne à des kilomètres à la ronde. Les hardes de sangliers y partagent les sous-bois avec le chat forestier (ou chat sauvage), un animal extrêmement discret qui adore les vieux chênes creux.

📜 Anecdote de rando : Les Forges et le Charbon de Bois

En roulant sur les grands chemins forestiers, si vous remarquez des zones de terre particulièrement noires et meubles, vous roulez sur une ancienne place à charbonnière. Pendant des siècles, les « carbonniers » ont brûlé le bois en meules pour alimenter les forges de la région (notamment la Chaussade à Guérigny pour la Marine Royale). La forêt des Bertranges n’était pas un espace sauvage, mais une immense usine à ciel ouvert !

2. La Forêt de Rave (Le poumon mystique et sidérurgique)

Située sur le flanc ouest, la forêt de Rave est intimement liée à la commune de Murlin et à la vallée de la Nièvre.

🗺️ Toponymie

« Rave » dérive de racines anciennes liées à l’eau ou aux ravins excavés par les premiers mineurs. Ce secteur est truffé de minières de fer exploitées depuis l’époque gallo-romaine.

🦌 Faune sauvage

Les innombrables petites mares et fossés nés de l’activité humaine d’autrefois font le bonheur des amphibiens. C’est ici que l’on observe le mieux le Triton crêté et la Salamandre tachetée. Levez les yeux dans les futaies de hêtres : l’Autour des palombes, un rapace forestier redoutable, y chasse à ras des branches.

📜 Anecdote de rando : Les « Ferriers » gallo-romains

En VTT, si le terrain devient soudainement bosselé, rouge foncé et jonché de morceaux de roche bulleuse très lourde, vous traversez un ferrier. Ce sont les résidus (scories) de la fonte du fer datant d’il y a 2000 ans. À Rave, certains ferriers font plusieurs mètres d’épaisseur. Vous roulez littéralement sur les déchets industriels de nos ancêtres les Gaulois !

3. Le Bois de la Charnie (L’antre des loups)

Plus au nord-est, vers Beaumont-la-Ferrière, ce massif plus escarpé offre des profils topographiques parfaits pour le VTT physique.

🗺️ Toponymie

La Charnie vient du latin Carneta, qui signifie le lieu planté de charmes. Le charme adore les sols argileux et lourds de ce secteur. C’est le bois de transition où le plateau calcaire commence à se plisser.

🦌 Faune sauvage

C’est historiquement le dernier grand refuge du Loup en Nièvre avant son éradication au début du XXe siècle. Aujourd’hui, on y croise de très nombreux chevreuils et, à la nuit tombée, la Chouette hulotte et l’Engoulevent d’Europe reprennent possession des clairières.

📜 Anecdote de rando : La rumeur des Loups

La Charnie était redoutée des voyageurs pressés qui rejoignaient Nevers. Une légende locale raconte qu’un bucheron, encerclé par une meute au cœur de l’hiver 1789, n’eut la vie sauve qu’en grimpant au sommet du « Chêne de la Charnie » et en jouant de la clarinette toute la nuit pour effrayer les bêtes. L’histoire ne dit pas si les loups avaient simplement les oreilles sensibles.

4. La Forêt de Prémery (Les portes du Morvan)

À l’extrémité nord-est du complexe des Bertranges, cette forêt fait la jonction avec les premiers contreforts granitiques.

🗺️ Toponymie

Prémery vient de Primiacus, le domaine de Primius, un riche propriétaire terrien de l’époque romaine. La forêt y est plus sauvage, marquée par des sources ferrugineuses.

🦌 Faune sauvage

La présence de résineux (introduits au XIXe siècle) et de zones humides attire la Cigogne noire. Ce grand oiseau migrateur, contrairement à sa cousine blanche, fuit l’homme et niche au plus profond des grands boisés de Prémery. C’est aussi un spot idéal pour observer le Pic noir, qui martèle les vieux troncs.

📜 Anecdote de rando : L’usine à bois et l’industrie chimique

Au XXe siècle, Prémery abritait une usine de carbonisation majeure (Lambiotte). Le bois de la forêt y était distrait pour faire du charbon purifié et des produits chimiques. Pour acheminer les grumes (les troncs), la forêt était quadrillée par un réseau de voies ferrées de type Decauville. Nombre de nos chemins de VTT actuels, très rectilignes et plats au fond des vallons, sont les anciennes voies où fumaient les petites locomotives forestières.

📌 Le mémo du rider aux Bertranges

Pour briller lors de votre prochaine sortie dominicale entre potes, retenez ce tableau de synthèse des incontournables du massif :

MassifÉlément cléCuriosité à chercher à VTT
Bertranges DomanialeLe chêne de haute futaieLes ronds forestiers (Rond de la Réserve, Rond des Papes…)
Forêt de RaveLa sidérurgie antiqueLa fontaine de la Vache ou le Ferrier de Murlin
Bois de la CharnieLes sentiers escarpésLes anciennes loges de sabotiers dissimulées sous les charmes
Forêt de PrémeryLes zones humides et sourcesLes vestiges des anciennes voies Decauville

⚠️ Règle d’or de la communauté VTT Nivernais : La forêt des Bertranges est une zone de quiétude écologique. On reste sur les sentiers balisés, on respecte le travail des débardeurs et des forestiers, et on garde l’œil ouvert : la prochaine rencontre avec un dix-cors est peut-être au bout du prochain single !

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Philippe
Philippe

Arrivé au VTT Nivernais en 1990, je n’en suis jamais vraiment reparti.
Aujourd’hui je roule un peu moins, mais j’ai ajouté d’autres cordes à mon arc : télépilote, vidéaste et œil technique du club.
Vice‑président, webmestre et gardien de la mémoire du VTTN, je m’occupe du site, des contenus, des traces, des images et de tout ce qui fait vivre notre communication.
Toujours présent, même quand ce ne sont plus les jambes qui travaillent, mais la caméra.

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